Le Pacte du Prophète avec les Chrétiens de Monde

Le Pacte du Prophète avec les Chrétiens de Monde

Traduit par L. de Villebrune (1797)

Pacte et Convention que fait Mahomet, Envoyé de Dieu, avec le Peuple de la Secte chrétienne

Mahomet envoyé de Dieu, l’écrit pour tous les hommes, afin de leur annoncer et de leur faire connaitre le dépôt de Dieu dans la vérité ; et que la cause de Dieu, selon le rite chrétien, demeure décidée tant à l’orient de la terre qu’a son occident, dans ses contrées habitées de l’intérieur, et chez les barbares, tout proches ou éloignés, connus ou inconnus.

Il leur dépose cet écrit comme un Pacte d’une stricte obéissance, et une stipulation publiquement faite ; de sorte que la loi résultante devienne la base de la justice, et un engagement qui soit exactement rempli.

Ainsi, un homme qui attache à l’Islamisme refusera de l’exécuter, et violera la teneur de ce Pacte, pour se comporter comme les Infidèles, sera censé en rejeter les conditions, s’opposer au traite de Dieu, renoncer aux promesses qu’il contient, manquer a sa propre conscience ; qu’il soit Souverain, ou tout autre parmi les Croyants et Musulmans.

C’est pourquoi en accordant aux Chrétiens ce Pacte et ces conditions, respectivement obligatoires, et qu’ils ont demandées tant de ma part que celle de tous les Musulmans, désirant que je fisse avec eux un Pacte de Dieu, et une stipulation ou alliance, commune avec les Prophètes, les Envoyés, les Élus, les Saints Croyants et Musulmans antérieurs ou futurs ; je, au nom de Dieu, et avec une résignation sincère que doit l’avoir un Prophète envoyé, et un Messager approchant (c.-à-d. de la Divinité), statue et arrête les clauses et conditions suivantes :

Je protègerai les Juges des Chrétiens dans mes Provinces, avec une cavalerie, mon infanterie, mes auxiliaires, mes sectateurs les Croyants, et en quelque lieu que ce soit, contre l’ennemi, soit éloigné, soit proche ; soit en paix, soit en guerre : je les prendrai sous ma protection ; je l’éloignerai de leurs églises, de leurs chapelles, de leur oratoires, de leurs ermitages, des hospices de leurs pèlerinages, en quelque endroit qu’ils soient et se trouvent, sure une montagne, dans une vallée, ou dans une grotte, ou dans une maison, ou en plaine, ou dans les sables, ou dans un édifice quelconque.

Je protègerai leur religion, leurs propriétés, partout où ils seront et se trouveront, a l’orient et a l’occident, sur terre et sur mer, comme je défends ma personne et mon cachent, et le Peuple des Croyants Musulmans.

Je les mettrais en sureté sous ma protection contre toute peine, violence, offense, oppression et trouble. Je serais derrière eux, autour d’eux, les défendant contre l’ennemi commun avec mes sectateurs, mes auxiliaires, et mon peuple en général.

Ainsi ayant la souveraineté sur eux, et par cela même étant obligé d’en être comme le pasteur, je les garantirai de toute lésion, et il ne leur arrivera rien qui n’arrive auparavant à mes compagnons, qui travaillent a consolider mon ouvrage. Je les exempterai des charges que supportent même les Confédérés par les mutations et les contributions ; et ils ne feront à cet égard rien que de bonne volonté. Ils ne supporteront donc aucune charge, ni n’éprouveront aucune contrainte à ce sujet.

Un Evêque ne sera pas expulse de son siège, ni un Chrétien de son église, ni un Moine de son monastère, ni un Pèlerin trouble dans son pèlerinage, ni un Solitaire chasse de la solitude de sa montagne. On ne prendra aucune partie des bâtiments de leurs églises ; on n’en emploiera rien pour bâtir un temple ou une habitation de Musulman. Celui qui ferait, violerait par cela même le Pacte de Dieu ; outragerait son Envoyé, et insulterait a la sanction de Dieu.

On n’imposera donc pas les Solitaires, ni les Evêques, ni en général ceux qui ne sont pas sujets aux taxes : ils ne donneront que ce qu’ils voudront bien eux-mêmes à cet égard.

Les riches marchands associes, les pécheurs de perles, ceux qui font tirer des mines les diamants, l’or, l’argent ; ceux qui font un grand commerce de harnois de chevaux, de garance ; enfin les Chrétiens fortunes ne seront assujettis qu’a la taxe de douze deniers par an, en quelques lieux qu’ils habitent des domiciles fixes et permanents. Mais s’ils n’en ont pas, et qu’ils ne fassent que passer dans un endroit habite sans y être domicilies, ni pouvoir avouer aucune demeure fixe, ils ne seront sujets a aucune contribution ni a aucune taxe, à moins qu’ils ne tiennent pas leurs mains l’héritage de quelque portion de terre de celui qui doit une taxe au légitime Souverain : alors ils ne paieront que ce que paierait un autre pour cela.

Or on n’imposera personne à cet égard, que selon l’étendue de ses facultés, et ses moyens. On ne taxera pas inconsidérément ceux qui doivent un tribut pour la terre, l’habitation et le produit du sol. On n’exigera de personne que ce que tout autre tributaire de même classe devrait payer.

Ceux qui sont compris dans ce Pacte, ne seront pas contraints de partir avec les Musulmans, pour marcher contre l’ennemi, le combattre ; espionner quelles sont ses forces ; parce que ce n’est pas à ces gens à se mêler de la guerre. Or, en leur accordant ce Pacte, c’est pour leur éviter d’y être contraints ; mais les Musulmans seuls veilleront à leur sureté, et les garantiront de toute offense. On ne les forcera donc pas d’accompagner les Musulmans qui iront au-devant de l’ennemi pour le combattre.

On n’exigera non plus d’eux aucun subside soit en cavalerie, soit en armes offensives : ce qu’ils fourniront, sera volontaire : ainsi on ne tirera rien d’eux que de leur gré. Alors on leur en sera reconnaissant, et on les indemnisera.

Aucun Musulman n’exercera donc contre les Chrétiens ni extorsion, ni vexation quelconque et ne cherchera aucun avantage sur eux que celui de leur faire du bien. Il déploiera sur eux l’aile de la miséricorde ; en éloignera tout mal, toute offense, en quelque lieu qu’ils soient et qu’ils se trouvent.

Si un Chrétien commet un délit, ou fait un tort quelconque, que le Musulman vienne à son secours, l’empêche (s’il le peut encore), s’intéresse pour lui, s’interpose pour ce tort, tache d’arranger l’affaire, comme médiateur entre lui et ce qu’exige la réparation du délit.

S’il est dans le cas de se racheter, on lui facilitera ce rachat ; on ne l’abandonnera pas ; on ne le rejettera pas. En effet, j’accorde ce Pacte aux Chrétiens, afin que tout ce qui est en faveur des Musulmans le soit aussi pour eux, comme tout ce qui es défavorable aux Musulmans doit l’être pareillement pour les Chrétiens : enfin pour que les avantages et les désavantage leurs soient communs.

En vertu de ce Pacte, dont la concession ne pouvait être refusée a une juste demande, et au désir sincère d’en remplir exactement la teneur, les Musulmans sont tenus de garantir les Chrétiens de toute lésion, et de leur témoigner tous les sentiments d’humanité ; de sorte que les uns et les autres participent nécessairement aux mêmes avantages et désavantages.

On n’agira pas inconsidérément en ce qui concerne le mariage. On ne maltraitera pas, on n’outragera pas les parents d’une jeune fille pour la faire marier avec un Musulman. On en leu fera donc aucune violence, s’ils s’opposent aux fiançailles, et ne consentent pas à l’union conjugale ; parce que cette union ne doit se faire que de bonne volontés, et avec le désir bien prononce d’approuver et d’y consentir.

Si une Chrétienne habite avec un Musulman ; il se conformera a son désire au sujet de la religion qu’elle professe, selon de vœu de ses Prélats et de ses Supérieurs, afin qu’elle en reçoive l’instruction ; bien loin de la contraindre à y renoncer, en la menaçant de la renvoyer. Il ne la forcera donc pas d’abjurer ; s’il le fait, et la maltraite, des-lors il viole le Pacte de Dieu, transgresse cette stipulation de son Envoyé, et se trouve, devant Dieu, du nombre des menteurs.

Si les Chrétiens, pour réparer leurs églises ou leurs monastères, ou pour toute autre chose relative à leur culte, ont besoin d’une contribution de la part des Musulmans, ou de quelques secours pour ces réparations, les Musulmans contribueront, mais non comme pour leur faire contracter une dette : ce sera seulement à titre de secours accorde a l’avantage de leur religion, et de leur foi, en vertu du Pacte que fait l’Envoyé de Dieu, et en un pur don qu’ils leur feront pour remplir ce Pacte entre eux et l’Envoyé de Dieu.

Si un Chrétien se trouve parmi les Musulmans, on ne lui marquera aucune inimitié ; on ne lui dira pas d’un ton d’autorité : sois mon messager, mon guide ; on ne le grèvera d’aucune commission forcée, ni de rien qui puisse donner lieur a une rixe sanglante. Celui qui se comporterait ainsi serait un impie, un homme rebelle à la volonté de Dieu, et violateur de son commandement.

Mais les conditions sous lesquelles l’Envoyé de Dieu engage la religion des Chrétiens et leur conscience à adhérer à ce Pacte, sous le sceau de la bonne-foi avec laquelle il le leur accorde, sont celles-ci :

Aucun d’eux ne retirera de militaire dans son habitation, contre les Musulmans, soit secrètement, soit ouvertement, soit sou la foi du serment. Il n’admettra aucun de leurs ennemis ; on ne leur donnera l’hospitalité ni dans les cellules, ni dans les lieux consacres au culte des Chrétiens.

Les Chrétiens ne fourniront aucune militaire aux troupes ennemies, ni armes offensives, ni cavalerie, ni infanterie, contre les Musulmans. Ils ne donneront aux ennemis aucun gage, n’en recevront aucun d’eux ; ne leur donneront aucune parole, ne traiteront pas avec eux par écrit, ne feront aucune convention avec eux ; et si ces ennemies se retirent dans quelques endroit, ils les abandonneront à leur propre défense : alors ce sera à ces ennemis à défendre leur vie et leur religion au prix de leur sang, partout ou il seront et se trouveront.

Les Chrétiens n’empêcheront pas les Musulmans de prendre, partout où ils se trouveront, des vivres pour trois jours, tant pour eux que pour leurs bêtes de somme, leur gens et leurs animaux ; ils leur varieront même les vivres dont ils se nourriront, et ne leur refuseront rien à cet égard.

Ils les garantiront de toute lésion et de toute violence ; et s’il leur arrive que l’un ou l’autre Musulman se retire dans leurs habitations, dans l’une ou l’autre partie de leurs domiciles, ils les traiteront en amis, fourniront à leurs besoins, leur marqueront toute sollicitude possible dans le malheur ou ils se trouvent, les dérobant autant qu’ils pourront dans l’endroit où ils se sont cachés, sans jamais déceler leur retraite à l’ennemi ; et ils ne s’écarteront aucunement de leur devoir a ces différents égards.

Quiconque (parmi les Chrétiens) se refuserait a ces conditions, et s’en écarterait pour agir autrement, n’aurait plus aucune part aux articles arrêtés dans ce Pacte de Dieu et par son Prophète, ni aux promesses que je garantis aux Supérieurs ecclésiastiques, aux moines, et en général aux Chrétiens, de la part du Peuple du Livre.

Le Prophète, au nom de Dieu, adjure ici le Peuple des Fidèles et leur Foi a ces divers égards, en quelque lieu qu’ils soient et se trouvent : il interpose aussi la sienne, tant pour lui que pour les Musulmans, dans ce dépôt qu’il leur laisse ; requérant une entière obéissance, dont la récompense est assurée. Puisse ce Pacte être perpétué dans tous les siècles, jusqu’à l’heure dernière, et jusqu’à la fin du monde !

Et ont signé sur cet écrit, fait entre l’Envoyé de Dieu et les Chrétiens, les clauses et conditions qu’il a arrêtées avec eux ; enjoignant que ce Pacte soit strictement observé :

Abubacre-Assadicq

Omar Ben-Alchatab

Othman Ben-Afan

Ali Ben-Abli-Taleb

Moavia Ben-Abi-Sofian

Abu Abdarda

Abu-Adrin

Abu-Horain

Abdalla-Ben-Masud

Abdallah-Ben-Alabbas

hamza Ben-Abdi-l-motalleb

Fodail

Zaido Ben-Thabet

Abdalla Ben-Zaid

Harfus Ben-Zaid

Alzobair Ben-Alauam

Saad Ben-Moad

Tabet Ben-Cais

Asamet Ben-Zaid

Othman Ben-Matun

Abdalla Ben-Omar-Alaas

Aben-Rabiaa

Hazan Ben-Thabet

Giafar Ben-Abi-Taleb

Aben-Alabbas

Talha Ben-Abdalla

Saad Ben-Abade

Zaido Ben-Arcam

Sahal Ben-Baida

Daud Ben-Giobair

Abu-Alaalia

Abu Ahrifa Ben-Ozair

Haschem Ben-Assia

Omar Ben-Iamin

Caab Ben-Malec

Caab Ben-Caab

Que les bons plaisirs de Dieu soient sur eux tous!

Et l’a écrit, comme secrétaire, Moavia Ben-Abi-Sofian, un des soldats de l’Envoyé de Dieu, le dernier jour de la Lune du quatrième mois, l’an quatre de l’Hégire, a Médine.

Que Dieu récompense ceux qui ont signé comme témoins de ce qui est dans cet écrit ; et gloire à Dieu, maitre du monde !