Le pacte du Prophète avec les chrétiens de Najran

Le pacte du Prophète avec les chrétiens de Najran

Traduit par Addai Scher

(Scher, Addai and Robert Griveau, Trans. & Ed. “Histoire nestorienne inédite: Chronique de Séert. Seconde partie.”

Patrologia Orientalis 13.4 (1919): 602/282-618/298.)

[La lettre du Prophète aux chrétiens de Najran]

Au nom de Dieu, clément et miséricordieux.

Charte de protection donnée par Dieu et son Apôtre a ceux qui ont reçu le Livre (sacre), aux chrétiens qui appartienne à la religion de Najran ou à toute autre secte chrétienne.

Il leur a été écrit par Mohammad, envoyé de Dieu prés de tous les hommes, en gage de protection de la part de Dieu et de son Apôtre, et afin qu’il soit pour les musulmans qui viendront après lui un pacte qui les engagera, qu’ils devront admettre, reconnaitre pour authentique et observer en leur faveur.

Il est défendu a tout homme, fut-il gouverneur, ou détenteur d’autorité, de l’enfreindre ou de le modifier.

Les Croyants ne devront pas être à la charge des chrétiens, en leur imposant d’autres conditions que celles qui sont portées dans cet écrit.

Celui qui le conservera, qui le respectera, qui se conformera a ce qui y est renferme, s’acquittera de ses devoirs et observera le pacte de l’Apôtre de Dieu.

Celui qui, au contraire, le violera, qui s’y opposera, qui le changera, portera son crime sur sa tête; car il aura trahi le pacte de Dieu, viole sa foi, résiste à son autorité et contrevenu à la volonté de son Apôtre : il sera donc imposteur aux yeux de Dieu. Car la religion de Dieu a imposée, et le pacte qu’il a fait, rendent la protection obligatoire. Celui qui observera pas ce pacte, violera ses devoirs sacres, et celui qui viole ses devoirs sacres n’a pas de fidélité et sera renie par Dieu et par tous les Croyants sincères.

La raison pour laquelle les chrétiens ont mérité d’obtenir ce pacte de protection de Dieu, de son Envoyé et des Croyants, est un droit qu’ils se sont acquis, et qui engage quiconque est musulman, d’obtenir cette charte établie en leur faveur par les hommes de cette Religion, et qui force tout musulman a y avoir égard, a lui prêter main-forte, a la conserver, a la garder perpétuellement et à la respecter fidèlement.

En effet les peuples qui adhéraient aux vielles sectes et aux anciens Livres se montrèrent les adversaires de Dieu et de son Apôtre et les prirent en haine en niant la mission du Prophète, que Dieu a tout haut et nettement proclamée dans son Livre; ce qui décèle la fourberie de leur poitrine, la malignité de leurs intentions et la dureté de leurs cœurs, ayant eux-mêmes préparé le fardeau de leur crime qu’ils portent, alors qu’ils ont caché celui que Dieu voulait leur imposer ; à savoir de proclamer et de ne pas cacher, de confesser et de ne pas nier.

Ces peuples agirent selon de contraire du devoir qui s’imposait à eux, ne l’observèrent pas comme il eut fallu, ne suivirent pas les chemins nettement traces, et ne mirent d’accord pour montrer leur hostilité contre Dieu et son Envoyé, pour les attaquer, et pour persuader aux gens, par l’imposture et les faux arguments, que Dieu ne pouvait pas l’avoir envoyé aux hommes pour annoncer, pour prêcher, pour appeler à Dieu par sa permission, pour être une lampe brillante, pour promettre le paradis a ceux qui lui obéissent, et pour menacer de feu ceux qui luis désobéissent.

Ils allèrent plus loin dans le crime de l’opposition, en excitant les autres à ce qu’ils n’auraient pas osé commettre eux-mêmes, à nier sa révélation, à repousser sa mission, et à chercher par ruse à le faire tomber dans les embuches.

Ils visèrent alors le Prophète de Dieu et décidèrent de le tuer ; ils renforcèrent le parti des polythéistes de la tribu de Qoreis et d’autres encore, pour le combattre, discuter sa doctrine, la repousser et la contredire.

Pour cette raison, ils méritèrent d’être prives de l’alliance de Dieu et de sa protection ; et leur conduite, aux jours de Honein, des combats des Bani Qainoqa, de la tribu de Qoreizha et du Nadhar, fut celle que l’on sait, quand leurs chefs prêtèrent du renfort aux habitants de Makkah ennemis de Dieu, contre l’Envoyé de Dieu, et les appuyèrent, par des renforts de troupes et d’armes, contre le Prophète, par haine des Croyants.

Tandis que les Chrétiens refusèrent de faire la guerre à Dieu et à son Apôtre. Aussi Dieu a-t-il déclare que leur dévouement pour les gens de cette vocation et leur affection pour l’Islam étaient sincères.

Entre autres éloges que Dieu leur décerna dans son Livre et dans ses révélations, après avoir convaincu les Juifs de dureté de cœur, ils reconnait aux chrétiens leur inclination et leur affection pour les Croyants : « Tu trouveras, » dit-il, « que ceux qui ont la plus profonde inimitié pour les croyants, ce sont les Juifs et les polythéistes, et tu trouveras que ceux qui aiment le plus les Croyants sont ceux qui ont dit : ‘Nous sommes chrétiens;’ et cela parce qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enorgueillissent point. Chaque fois qu’ils entendent parler de la révélation d’une vérité faite à l’Apôtre, on voit leurs yeux verser des larmes, et ils disent : ‘O Notre Seigneur ! Nous croyons ; inscris-nous parmi les témoins oculaires ; et pourquoi ne croirions-nous pas en Dieu et à la vérité, qui nous est révélée, et n’ambitionnerions-nous pas d’être comptes au nombre des justes ? »

C’est qu’en effet quelques chrétiens, dignes de confiance et qui connaissent la religion divine, nous ont aidé à proclamer cette religion et ont prêté secours à Dieu et a son Apôtre, pour prêcher aux hommes selon sa volonté et pour l’accomplissement de sa mission.

Sont venus me voir : le Seyyid, ‘Abdiso’, Ibn Hejra, Abraham le moine, et ‘Isa l’évêque, accompagnes de quarante cavaliers de Najran et d’autres gens qui professent comme eux la religion chrétienne dans les régions d’Arabies et dans les régions étrangères. Je leur fis connaitre ma mission, et je les appelai a aider à la renforcer, a la proclamer, et a luis prêter secours.

Et comme la cause de Dieu leur parut évidente, ils ne retournèrent point sur leurs pas, ils ne tournèrent pas le dos, mais ils s’approchèrent, demeurèrent, consentirent, prêtèrent secours, confirmèrent, firent de généreuses promesses, donnèrent de bons conseils et m’assurèrent par les serments et des pactes qu’ils appuieraient la vérité que j’apportais et qu’ils repousseraient ses négateurs et ses contradicteurs.

De retour auprès de leurs coreligionnaires, ils ne rompirent pas leur pacte et ne changèrent pas leur opinion, mais ils observèrent ce qu’ils m’avaient promis en me quittant, et j’ai appris, ce qui me causa de la joie, qu’ils prouvèrent leur dévouement, et s’unirent pour faire la guerre aux Juifs, et qu’ils s’entendirent avec les hommes de la Vocation pour publier la cause de Dieu, pour la soutenir, et défendre ses apôtres ; qu’ils renversèrent les preuves sur lesquelles les Juifs s’étaient appuyés pour de démentir et mettre obstacle à ma mission et à ma parole. Les chrétiens entreprirent donc de seconder mon action et firent la guerre a ceux qui haïrent ma doctrine, voulurent la démentir, l’altérer, la repousser, la changer et la renverser.

Tous les chefs des Arabes, tous les notables des Musulmans et tous les gens de la Vocation dans les régions de la terre m’ont envoyé des lettres pour me dire le dévouement des chrétiens à l’égard de ma cause, et leur vigueur à repousser les incursions dans les pays frontières qu’ils habitaient ; leur constance à observer le pacte qu’ils avaient contracté lors de leur entrevue avec moi et que j’avais agrée : car les évêques et les moines montraient une inébranlable fidélité dans les attachement à ma cause, de dévouement de leurs personnes, pour confirmer la publication de ma mission et appuyer ma doctrine.

Je veux que ma mission soit publiée : je leur demande de s’unir, dans ce but, contre ceux qui nieraient ou repousseraient quelques points de ma doctrine, qui voudraient la détruire et la ruiner ; de blâmer ces hommes et de les abaisser.

Ils ont agis comme j’ai dit, et les ont abaissés ; ils ont fait tant d’effort qu’ils les ont amenés a confesser la vérité avec soumission, à répondre à l’invitation de Dieu, de gré ou de force, et à se laisser conduire (jusque dans l’Islam) comme des vaincus ; et les chrétiens agirent ainsi par observance des contrats établis entre moi et eux, pour ne pas manquer aux engagements qu’ils avaient contractés lors de leur entrevue avec moi, et par esprit de zèle pour soutenir ma cause et faire triompher ma mission.

C’est par un effet de leur fidèle dévouement qu’ils firent la guerre aux Juifs, aux Qoreisites et aux autres polythéistes ; ils se montrèrent éloignés de cette poursuite des biens terrestres que les Juifs recherchent et désirent en prêtant à usure, et recherchant l’argent, et en vendant pour un faible lucre la loi de Dieu. Malheur à ces hommes, dont les mains travaillent pour un pareil lucre ! Malheur à ceux, qui amassent ainsi !

Aussi les Juifs et les polythéistes de Qoreis et des autres peuples ont-ils mérite d’être traités en ennemis de Dieu et de son Envoyé ; à cause de leurs projets tortueux, de l’inimitié ou ils se complurent (contre moi), et de la guerre ininterrompue qu’ils me firent comme renforts de mes ennemis : ils dévirent ainsi les ennemis de Dieu, de son Envoyé, et des justes croyants.

Mais les chrétiens eurent une conduite toute contraire ; ils eurent de l’égard pour mon alliance, ils reconnurent mes droits, accomplirent les promesses faites lors de notre entrevue, prêtèrent secours a ceux de mes lieutenants que j’avais envoyés aux frontières ; ils méritèrent ainsi ma sollicitude, mon affection, par l’accomplissement des obligations que j’ai contractées envers eux spontanément au nom de tous les musulmans répandus en Orient et en Occident, et ma protection ma vie durant ; et âpres mon trépas, quand Dieu m’aura fait mourir, tant que croitra l’Islam, que fleurira la mission véridique et la foi, ce pacte sera obligatoire pour tous les Croyants et musulmans, aussi longtemps que la mer mouillera la couple qu’elle remplit, tant que le ciel versera une goutte d’eau, que la terre produira des plantes, que les étoiles brilleront au firmament, que l’aurore apparaitra au voyageur, sans qu’il soit permis à personne de rompre ce pacte, de l’altérer, d’y faire des additions et des suppressions, car les additions portent atteinte à mon pacte, et les suppressions détruisent mes engagements.

Ce pacte, que j’ai bien voulu accorder moi-même, m’engage : quiconque de ma nation, après moi, rompra le pacte de Dieu (qu’il soit exalte), la preuve de Dieu se dressera contre lui, et Dieu suffit pour témoin.

Ce qui m’a engagé à agir ainsi, c’est que trois des gens (du Seyyid Ghassani) demandèrent pour tous les chrétiens un écrit qui leur servit de sauf-conduit, un traite que reconnut leur fidélité à leurs promesses en faveur des musulmans, et au pacte que j’avais volontairement contracte avec eux.

Or, j’ai voulu que ces bons procédés de l’alliance fussent ratifiés aux yeux de quiconque suit ma voie, et que moi et tous ceux de ma vocation fussions engagés à nous abstenir d’être à charge à tous ceux qui s’attribuent le nom chrétien et qui adhérent aux différents sectes chrétiennes, et que ce pacte fut inviolable, solennel, et obligatoire pour tous les musulmans et les Croyants.

J’ai donc appelés les chefs des musulmans et mes principaux compagnons, et m’étant rendu garant de la demande des chrétiens, je leur fis cet écrit, que les musulmans, qu’ils fussent investis du pouvoir ou non, sont obligés de conserver d’âge en âge.

Celui qui a le droit de commander devra accomplir ce que j’ai ordonné, pour remplir conformément à la justice le devoir de fidélité et de respect vis-à-vis de ceux qui ont sollicité mon pacte, et être fidèles aux obligations que j’ai contractées, afin qu’il ne soit pas reprouvé pour avoir désobéi à mon ordre.

Le peuple, lui aussi, devra s’abstenir de leur faire du mal, et accomplir le pacte que j’ai contracte avec eux, afin qu’il entre avec moi par les portes de la fidélité et contribue au bien que j’ai fait à ceux qui l’ont mérité pour avoir seconde ma mission et fait la guerre a ceux qui me contredisaient et qui scandalisaient les hommes.

Et cela, pour qu’il n’y ait aucun grief de la part de ceux qui sont l’objet de ce pacte, contre les partisans de l’Islam, si ceux-ci agissaient contre le contenu de cet écrit, et contre la reconnaissance des droit qu’ils se sont acquis sur moi, et qu’ils ont mérite d’obtenir.

Enfin, ce pacte rappelle (aux Croyants) la reconnaissance des bienfaits, entraine la générosité des sentiments, commande la charité ; il éloigne le mal, et il est le chemin de la sincérité, et la voie qui mène à la justice, s’il plait à Dieu.

[Le pacte du Prophète avec les chrétiens de Najran]

Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

Cet écrit a été donné par Mohammad ben ‘Abd Allah ben ‘Abd el-Mottalib, Envoyé de Dieu auprès de tous les hommes, pour annoncer et avertir, et chargé du dépôt de Dieu parmi ses créatures, pour que les hommes n’aient aucun prétexte devant Dieu, après ses envoyés et sa manifestation, devant cet Être puissant et sage.

Au Seyyid Ibn Hareth ben Ka‘b, a ses coreligionnaires et a tous ceux qui professent la religion chrétienne, soit en Orient, soit en Occident, dans les contrées prochaines ou dans les contrées lointaines, arabes ou étrangères, connues ou inconnues.

Cet écrit qu’il leur a rédigé constitue un contrat impérieux, un diplôme authentique établi sur la charité et la justice, un pacte inviolable.

Quiconque observera cet édit, montrera son attachement à l’Islam, méritera les meilleurs bienfaits que l’Islam promet ; au contraire tout homme qui le détruira, qui violera le pacte qui y es contenu, qui l’altérera, et qui désobéira à mes commandements, violera le pacte de Dieu, transgressera son alliance, méprisera son traité et méritera sa malédiction, qu’il soit prince ou sujet.

Je m’engage à faire de la part de Dieu alliance et pacte avec eux et je les mets sous la sauvegarde de ses prophètes, de ses élus, de ses saints, les musulmans et les Croyants, les premiers aussi bien que les derniers. C’est cela mon alliance et mon pacte avec eux.

Je proclame de nouveau les obligations que Dieu imposa aux enfants d’Israël de lui obéir, de suivre sa loi et de respecter son alliance divine, en déclarant protéger par mes cavaliers, mes fantassins, mes armées, mes ressources et mes partisans musulmans, les chrétiens jusqu’aux plus éloignés, qui habitent dans les pays frontières de mon empire, dans quelque région que ce soit, lointaine ou voisine, en temps de paix ou en temps de guerre.

Je m’engage à les appuyer, à prendre sous ma protection leurs personnes, leurs églises, leurs chapelles, leurs oratoires, les établissements de leurs moines et les demeures de leurs anachorètes partout où ils seront, soit dans la montagne, ou dans la vallée, ou dans les grottes, ou dans le pays habités, dans la plaine, ou dans le désert.

Et je protégerai leur religion et leur Eglise, partout où ils se trouvent, soit sur la terre, soit sur la mer, soit en Orient, soit en Occident, avec toute la vigilance possible de ma part, de la part des gens de mon entourage, et des musulmans.

Je les prends sous ma protection. Je fais pacte avec eux, m’engageant a les préserver de tout mal et de tout dommage, a les exempter de toute réquisition et de toute obligation onéreuse, et à les protéger par moi-même, par mes auxiliaires, mes suivants et ma nation contre tout ennemi, qui m’en voudrait a moi, et à eux.

Ayant l’autorité sur eux, je dois les gouverner, les préservant de toua dommage et ne laissant pas leur arriver quelque mal qu’il ne m’ait atteint aussi, avec mes compagnons, qui défendent avec moi la cause de l’Islam.

Je défends aux conquérants de la foi de leur être à charge, lors de leurs invasions, ou de les contraindre à payer des impôts, à moins qu’ils n’y consentent : que jamais les chrétiens ne subissent tyrannie et l’oppression à ce sujet.

Il n’est pas permis de faire quitter a un évêque son siège épiscopal, ni à un moine sa vie monastique, ni à un anachorète sa vocation érémitique ; ni de détruire quelque partie de leurs églises, ni de faire entrer quelques parties de leurs bâtiments dans la construction des mosquées, ou dans celle des maisons des musulmans. Quiconque fera cela, violera le pacte de Dieu, désobéira a son Apôtre et s’éloignera de l’alliance divine.

Il n’est pas permis non plus d’imposer une capitation ni une taxe quelconque aux moines et aux évêques, ni à ceux qui, par dévotion, se vêtent de laine ou habitent solitairement dans les montagnes ou en d’autres endroits isolés de l’habitation des hommes.

Qu’on se borne à quatre dirhams qu’on demandera chaque année à chacun des autres chrétiens, qui ne sera ni religieux, ni moine, ni ermite : ou bien qu’on exige de lui un vêtement en étoffe rayée ou un voile de turban brodé du Yémen, et cela pour aider les musulmans et pour contribuer à l’augmentation du trésor public : s’il ne lui est pas facile de donner un vêtement, on lui en demandera le prix. Mais que ce prix ne soit détermine que de leur consentement.

Que la capitation des chrétiens qui ont des revenus, qui possèdent des terres, qui font un commerce important sur mer et sur terre, qui exploitent les mines de pierres précieuses, d’or et d’argent, qui ont beaucoup de fortune et de biens, ne dépasse pas, pour l’ensemble, douze dirhams par an, pourvu qu’ils habitent ces pays et qu’ils y soient établis.

Qu’on n’exige rien de semblable des voyageurs, qui ne sont pas des habitants du pays, ni des passants dont le domicile n’est pas connu.

Pas d’impôt foncier avec capitation, si ce n’est à ceux qui possèdent des terres, comme tous les occupants d’héritages sur lesquels le sultan exerce un droit : ils paieront des impôts dans la mesure ou les autres les payent, sans toutefois que les charges excédent injustement la mesure de leurs moyens, et les forces que les propriétaires dépensent à cultiver ces terres, à les rendre fertiles, et à en tirer les récoltes : qu’ils ne soient pas abusivement taxes, mais qu’ils payent dans la mesure imposée aux autres tributaires leurs pareils.

Les hommes de notre alliance ne seront pas tenus de sortir avec les musulmans pour combattre leurs ennemis, les attaquer et en venir aux mains. En effet, ceux de l’alliance n’entreprendront pas la guerre. C’est précisément pour les en déchargé que ce pacte leur a été accordé, et aussi pour leur assurer aide et protection de la part des musulmans. Et même qu’aucun chrétien ne soit contraint de pourvoir à l’équipement d’un seul musulman, en argent, en armes ou en chevaux, en vue d’une guerre ou les Croyants attaquent un ennemi, a mois qu’il n’y contribue de son gré. Celui qui aura bien voulu faire ainsi, et contribuer spontanément, sera l’objet de la louange et de la gratitude, et il lui en sera tenu compte.

Aucun chrétien ne sera fait musulman par force : Ne discutez que de la maniera la plus honnête [29:46]. Il faut les couvrir de l’aile de la miséricorde, et repousser tout malheur qui pourrait les atteindre partout où ils se trouvent, dans quelque pays qu’ils soient.

Si l’un des chrétien venait à commettre un crime ou un délit, il faudrait que les musulmans lui fournissent l’aide, la défense, la protection ; ils devront excuser son délit et amener sa victime à se réconcilier avec lui, en l’engageant à lui pardonner ou à recevoir une rançon.

Les musulmans ne doivent pas abandonner les chrétiens et les laisser sans secours et sans appui, parce que j’ai fait ce pacte avec eux de la part de Dieu pour que ce qui arrive d’heureux aux musulmans leur arrivât aussi, et qu’ils subissent aussi ce que subiraient les musulmans, et que les musulmans subissent ce qu’ils subiraient eux-mêmes, et cela en vertu du pacte par lequel ils ont eu des droits inviolables de jouir de notre protection, et d’être défendus contre tout mal portant atteinte à leurs garanties, de sorte qu’ils soient associés aux musulmans dans la bonne et dans la mauvaise fortune.

Il ne faut pas que les chrétiens aient à souffrir, par abus, au sujet des mariages, ce qu’ils ne voudraient pas. Les musulmans ne devront pas prendre en mariage les filles chrétiennes contre la volonté des parents de celles-ci, ni opprimer leurs familles, si elles venaient à leur refuser les fiançailles et le mariage ; car de tels mariages ne devront pas se faire sans leur agrément et leur désire, et sans qu’ils les aient approuvés et y aient consenti.

Si un musulman a pris pour femme une chrétienne, il est tenu de respecter sa croyance chrétienne. Il la laissera libre d’écouter ses supérieurs comme elle l’entendra, et de suivre la route qui lui indique sa religion. Quiconque malgré cet ordre, contraindra son épouse à agir contre sa religion en quelque point que ce soit, enfreindra l’alliance de Dieu et entrera en rébellion contre le pacte de son Apôtre, et Dieu le comptera parmi les imposteurs.

Si les chrétiens viennent à avoir besoin de secours et de l’appui des musulmans pour réparer leurs églises et leurs couvents, ou bien pour arranger leurs affaires et les choses de leur religion, ceux-ci devront les aider et les soutenir. Mais ils ne doivent pas faire cela dans le but d’en recevoir rétribution, mais par aide charitable pour restaurer cette religion, par fidélité au pacte de l’envoyé de Dieu, par pure donation, et comme acte méritoire devant Dieu et son apôtre.

Les musulmans ne pourront pas dans la guerre entre eux et leurs ennemis se servir de quelqu’un des chrétiens pour l’envoyer comme messager, ou éclaireur, ou guide, ou espion, ou bien l’employer a d’autre besognes de guerre. Quiconque fera cela a l’un d’eux, lésera les droits de Dieu, sera rebelle a son Apôtre, et se mettra en dehors de son alliance. Et rien n’est permis à un musulman (vis-à-vis les chrétiens) en dehors de l’obéissance a ces prescriptions que Mohammed ben ‘Abdi Allah, apôtre de Dieu, a édictées en faveur de la religion des chrétiens.

Je leur fais aussi des conditions et j’exige d’eux la promesse de les accomplir et d’y satisfaire comme le leur ordonne leur religion. Entre autres choses, qu’aucun d’eux ne soit éclaireur ou espion, ni secrètement ni ouvertement, au profit d’un ennemi de guerre, contre un musulman. Que personne d’entre eux ne loge les ennemis des musulmans dans sa maison, d’où ils pourraient attendre l’occasion de s’élancer à l’attaque. Que ces ennemis ne fassent point halte dans leurs régions, ni dans leurs villages ni dans leurs oratoires, ni dans quelque lieu appartenant à leurs coreligionnaires. Qu’ils ne prêtent point appui aux ennemis de guerre contre les musulmans, en leur fournissant des armes, ou des chevaux ou des hommes ou quoi que ce soit, ou en leur donnant de bons traitements. Ils doivent héberger trois jours et trois nuits ceux des musulmans qui font halte chez eux, avec leurs bêtes, et leur offrir partout où ils se trouvent et partout où ils vont la même nourriture dont ils vivent eux-mêmes, sans toutefois être obliges de supporter d’autres charges gênantes et onéreuses.

S’il arrive qu’un musulman ait besoin de se cacher dans leurs demeures, ou dans leurs oratoires, ils doivent lui donner l’hospitalité, lui prête appui, et lui fournir de leur nourriture tout le temps qu’il sera chez eux, s’efforçant de le tenir cache, de ne point permettre à l’ennemi de le découvrir, et pourvoyant a tous ses besoins.

Quiconque transgressera une des ordonnances de cet édit, ou l’altérera, se mettra en dehors de l’alliance de Dieu et de son Envoyé.

Que chacun observe les traités et les alliances qui ont été contractés avec les moines, et que j’ai contractée moi-même, et tout engagement que chaque prophète a contracte avec sa nation, pour leur assurer la sauvegarde et la fidèle protection, et pour leur servir de garantie.

Jusqu’à l’heure de la Résurrection cela ne doit être ni viole ni altère, s’il plait Dieu.

Cet écrit de Mohammad ben ‘Abd Allah qui porte le traité conclu entre lui et les chrétiens avec les conditions imposés à ces derniers a été attesté par:

‘Atiq ben Abi Qohafa

‘Omar ben el-Khattab

‘Othman ben ‘Affan

‘Ali ben Abi Talib

Abou dh-Dharr

Abou d-Darda

Abou Horeira

‘Abd Allah ben Mas’soud

El-‘Abbas ben ‘Abd el-Mottalib

El-Fadl ben el-‘Abbas

Ez-Zobeir ben el-‘Awwam

Talha ben ‘Obeid Allah

Sa‘d ben Mo‘adh

Sa‘d ben ‘Obada

Thamama ben Qeis

Zeid ben Thabit et son fils ‘Abd Allah

Horqous ben Zoheir

Zeid ben Arqam

Ousama ben Zeid

‘Omar ben Mazh‘oun

Mos‘ab ben ez-Zobeir

Abou l-Ghalia

‘Abd Allah ben ‘Amr ben el-‘As

Abou Hodheifa

Khawat ben Jobeir

Hašim ben ‘Otba

‘Abd Allah ben Hafaf

Ka ‘b ben Malik

Hassan ben Thabit

Ja‘far ben Abi Talib

à écrit aussi Mo’awia ben Abi Sofian

 

 

[‘Atiq ibn Abi Quhafa

‘Umar ibn el-Khattab

‘Uthman ibn ‘Affan

‘Ali ibn Abi Talib

Abu Dharr

Abu al-Darda

Abu Hurayrah

‘Abd Allah ben Mas‘ud

al-‘Abbas ibn ‘Abd el-Muttalib

al-Fadl ibn al-‘Abbas

al-Zubayr ibn al-‘Awwam

Talha ibn ‘Ubayd Allah

Sa’d ibn Mu‘adh

Sa’d ibn ‘Ubada

Thamama ibn Qays

Zayd ibn Thabit and his son ‘Abd Allah

Hurqus ibn Zuhayr

Zayd ibn Arqam

Usama ibn Zayd

‘Umar ibn Mazh’un

Mus’ah ibn al-Zubayr

Abu al-Ghalia

‘Abd Allah ibn ‘Amr ibn al-‘As

Abu Hudhayfa

Khawat ibn Jubayr

Hasim ben ‘Utba

‘Abd Allah ibn Hafaf

Ka‘b ibn Malik

Hasan ibn Thabit

Ja‘far ibn Abi Talib

à écrit aussi Mu‘awiyya ibn Abi Sufyan]